Bomberos de Sucre

Panique à bord! En visitant cette première caserne de sapeur-pompiers bolivienne, je me rends rapidement compte que les hommes ici ne sont pas tranquilles. A peine arrivé et présenté en tant que pompiers français, je suis conduit dans le bureau du commandant, on m’invite à manger, on me propose de m’heberger le temps de mon séjour à Sucre. Je comprends rapidement que la situation des pompiers à Sucre est désesperée et qu’ils se raccrochent à moi, et à mon statut de pompier français, comme à une bouée de sauvetage.

Que se passe t’il à Sucre pour mettre toute la caserne dans un tel état d’affolement et de dépendance?

Missions

Avant d’évoquer leurs problèmes, il est necessaire de s’interesser un minimum à leur fonctionnement, la visite de cette caserne constituant ma première approche du fonctionnement des sapeurs-pompiers Boliviens. “fuego y rescate” pour ce qui concerne leurs missions. C’est à dire des missions identiques à celle des autres pompiers Sud-Américains que j’ai rencontré, l’incendie, et le secours ‘particulier’ je dirais. Les secours ambulanciers simples sont assurés par le service ambulance de l’hôpital. Pour tout ce qui est périlleux, qui mets en jeu des animaux, des machines ou des risques particuliers, les bomberos sont concernés. Ce qui change un peu par rapport aux casernes chilienne, c’est qu’à Sucre, les pompiers sont aussi policiers, voire militaire (la fonction de la police ici est fortement liée à celle de l’armée). Les pompiers alternent donc entre gardes “police”, et gardes “pompier”, même si les commandements sont séparés.

 

Organisation

Une organisation militaire, donc assez rigoureuse, il faut l’avouer, le second corps de Sucre étant composé uniquement de Voluntarios, autrement dit, de bénévoles. Seulement 15 des militaires du Corps assurent à tour de rôle la fonction de sapeur-pompier, par gardes de 24h, 5 bomberos simultanéments. La hiérarchie est très respectée, l’ordre est établit, et on accorde une valeur importante à l’entraînement, contrairement à beaucoup d’endroit que j’ai pu visiter.  

                                                                          

Social

Bonne nouvelle, il y a de nombreuses femmes parmi les policières, dont une assurant aussi la fonction de sapeurs-pompier, et ça n’a l’air de poser de problèmes à personne. Les salaires sont d’environ 1200 Bolivianos pour un homme du rang, soit environ 120 euros, et les vacances durent 18 jours par an. Niveau salaire, on a déjà vu mieux, mais leur situation sociale est normale comparé aux autres revenus Boliviens et au faible coût de la vie.  

                                                                                                                                                                     

Equipement

On touche ici au coeur du problème. Les sapeurs-pompiers de Sucre ont vu leur unique véhicule incendie détruit, et une grande partie de leur matériel volé, suite à des affrontements musclés avec la population. J’ai assisté à une simple manifestation suite aux elections d’avant-hier, et il est indéniable qu’elles sont ici violentes, et qu’elles peuvent rapidement dégénérer. ( les manifestants se baladent avec des torches, deguisés, couverts de noir des pieds à la tête, des petards explosent, on tire en l’air, et on brûle des effigies d’hommes politiques en pleine rue)  A vrai dire, je n’ai pas osé prendre de photos de la scène, et encore, d’après les explications d’un Bolivien à mes côtés, ceux-là voulaient simplement exprimer leur joie.

Quoi qu’il en soit depuis octobre dernier, la situation des deux corps de sapeur-pompier de Sucre est catastrophique. Les hommes partent sans casques, et sans véhicule incendie! Du coup, la Ville, qui compte il faut le souligner presque 250 000 habitants, est completement soumis à elle-même. Les bomberos interviennent, armés simplement d’extincteurs,  aidés à l’occasion par la population qui fait la chaîne et jette des seaux sur l’incendie. Et depuis cette date, les Bomberos de Sucre restent incapables de réunir les fonds démesurés necessaires à l’achat de nouveau matériel. Un seul mot peu qualifier leur situation aujourd’hui. Desespérée.

 

Rencontre

j’ai été accueilli à merveille, un accueil qui ressemblait il faut l’avouer fortement à un appel à l’aide. On me propose de subvenir à tous mes besoins pendant mon séjour dans la ville. Ce que je refuse bien entendu car j’ai l’impression que d’accepter m’engagerait à leur apporter une aide, et que je n’en possède pas forcément les moyens. Je retourne deux jours de suite dans cette caserne, cherchant à tout prix à en savoir plus, et à chercher une solution. Le commandant me propose de transmettre un courrier à mes supérieurs, dans le but d’encourager un dialogue, une association, un parrainage. A vrai dire, l’idée n’est pas trop mauvaise, la chose s’est déjà faite par le passé, dans d’autres casernes, dans d’autres pays, et je me surprends à penser que je ne suis peut être pas aussi impuissant que je le pensais. Il y a du matériel d’occasion dans le Var, un don ne me paraît à priori pas impossible, et si je ne possède aucun pouvoir de décision, il m’est néanmoins possible de transmettre la requête des bomberos de Sucre et de les défendre auprès de mes officiers. Pour établir un contact, je recupère donc toutes les adresses, courrier, télephone, et leur crée une adresse mail(ils n’en avaient pas!). Le commandant, de son côté me transmet son courrier, en espagnol, et à destination de mes supérieurs, expliquant la situation, et en demandant simplement l’établissement d’un contact.

Je repars du coup de Sucre un jour plus tard que prévu, avec tous les outils en ma possession pour … faire mon possible, et essayer avec mes moyens de les sortir de ce mauvais pas. Aucune promesse, ne pas surrestimer ses forces, mais des responsabilités nouvelles sur les épaules, et peut-être une petite chance…

Un espoir.

 

 

 

 Matériel incendie de la caserne…

 

 

 

 

 

 

Un peu de réconfort, parce qu’il faut en chercher, la seconde place au tournoi inter-pompiers de football, la seule fierté de ces pauvres bomberos. ;-)

 

 

 

La suite de l’affaire… après mon retour.

13/08/2008

13 Réponses pour “Bomberos de Sucre”

  1. Redigé par Maman et Papa:

    Bonjour Fa
    Petit mot rapide pour te féliciter de tes nouveaux articles.
    Pas encore répondu au précédent tant nous l’avons trouvé
    magnifique.
    J’espère que l’espoir que ta visite a suscité sera suivi de
    réponse positive.
    J’ai déja entendu parler de pompiers retraités du Puy de Dome
    qui partaient en Afrique avec des vieux camions réformés.
    Bien sûr la route entre Draguignan et Sucre ne sera pas facile,
    mais qui ne tente rien ……
    Et pour finir une pensée bretonne:
    Vouloir arriver,c’est déjà avoir fait la moitié du chemin.
    Bisous A+ Papa

  2. Redigé par Floriane:

    Coucou chéri, je sais au fond de toi que tu ferras tout ce que tu pourras pour eux!
    Ils ont beaucoup besoin d’aide j’espere qu’au moment de ton retour la France,
    du moins le Var pourra faire quelque chose pour eux! Je te felicite pour ta generosité!
    Je tembrasse fort passe un bon voyage pour la suite de ton parcours!
    Je pense fort a toi, tu me manques énormement…
    continu a nous faire rever comme tu le fais si bien. Je suis fiere de toi!
    Rafilone.

  3. Redigé par Sylvain:

    Super article que tu viens de faire. C’est super genereux de ta part de vouloir essayer d’aider ces pauvres bomberos. Esperons que les pompiers francais pourront aider un peu cette caserne.
    Encore des photos qui montrent que les moyens des pompiers francais sont largement superieurs a beaucoup de pompiers de certains pays ayant moins de moyen.

    a+
    Sylvain

  4. Redigé par caméla:

    salut,
    je copie un peu les commentaires en te félicitant de ta générosité
    quant à l’aide que tu peux apporter à ces bomberos…
    ne te sous estimes pas : si tu es retourné dans cette caserne,
    c’est que ton coeur te poussait à essayer quelque chose.
    l’avenir nous dira j’en suis sûre, que tes efforts n’étaient pas vains…
    je t’embrasse bien fort et te dis à bientôt pour la suite…

  5. Redigé par elise:

    Bonjour et bravo pour ce projet original.
    J’ai passé 6 mois l’année dernière à me balader en Argentine, en Bolivie, au Brésil et en Uruguay, et j’en suis revenue avec un projet : créer une plate-forme qui regroupe les infos pratiques des voyageurs. En effet, j’avais été déçue des guides papiers.
    Si jamais le site vous plaît et que vous en avez avez l’envie et le temps, n’hésitez pas à partager vos connaissances pour les futurs voyageurs :
    http://www.explornation.com/amerique-du-sud
    Et bien sur je suis ouverte aux remarques.
    Bonne continuation dans vos voyages !

  6. Redigé par Maman et Papa:

    Salut Fa
    Nous sommes arrivés en Lozère pour la fête du 15 Aout et la réunion
    des Imbert au Sabatier.
    Mamie te fait de gros bisous avant de partir a la messe au village;
    aujourd’hui en plein air avec la procession et la présence de l’évêque
    de Lozère.

  7. Redigé par Maman et Papa:

    Nous revoilà, pour info Sylvain a réussi son BTS et tout le monde
    ici aux Salelles te fait de gros bisous.
    Demain je me reconnecterai du Sabatier pour te donner le bonjour
    des Imbert présents a la 15ème réunion depuis 1977,et cette année
    tu n’y sera pas physiquement mais tu seras au milieu de nombreuses
    discussions et ton absence se remarquera surtout sur le terrain de
    foot (enfin sur le champ) pour la rencontre inter branches.(de l’arbre
    généalogique)
    Bisous A+

  8. Redigé par Christiane/Lolotte:

    Salut Fa,
    Nous sommes tous réunis aux Salelles.
    Merci d’avoir répondu à toutes mes questions mais … tes parents m’ont fait une crise de jalousie, tu n’aurais pas
    donné réponses à toutes leurs interrogations !
    Bisous de nous tous

  9. Redigé par Jacky:

    Bonjour Raphaël,

    Un petit passage sur ton blog pompiersdumonde, toujours aussi riche en détails, pour te supporter un peu dans la suite de ton périple.
    Tu fais bien d’essayer d’aider les pompiers de Bolivie démunis, mais fais attention à ne pas t’engager dans tous les pays visités car ensuite tu auras peut-être du mal à gérer la suite de tes engagements…tous les échanges que tu as pu avoir jusqu’alors te montrent l’écart qu’il peut y avoir entre les conditions d’exercice d’un pompier en France et celles d’ailleurs, et partout où tu es passé précédemment tu as rencontré de gros écarts je pense….
    Ton reportage est épatant, on s’y croit vraiment, je t’envoie un bon gros thé bien chaud pour te réchauffer un peu.
    Et un p’tit proverbe chinois ( jeux olympiques oblige, hé hé ! ) :
    Si tu n’es pas premier ni le meilleur, soit différend !

    Allez ! gros bisous et bon courage Raphaël !!

    Fais nous encore rêver avec de belles photos, je partage tous les avis précédents à ce propos

    Jacky

  10. Redigé par Anne St Geniez d'Olt:

    Bonsoir Raphaël,

    Encore merci pour ton blog qui est toujours aussi sympa à lire, les photos sont magnifiques, ça fait rêver !!!!!
    Tu as un gros bisou de Dédé, Mary et Grand Papi qui ont passé la journée à la maison aujourd’hui.
    Nous te souhaitons bonne continuation dans ton périple, prends en encore plein les yeux, tu nous raconteras….
    Bonne chance pour la suite et à bientôt.
    Gros Bisous de nous trois.

  11. Redigé par Anne-Marie:

    Bonjour,
    Félicitations pour votre action ! C’est très courageux, bravo !
    Anne, de St-Geniez d’Olt, vous habitez le village d’origine de ma grand’mère maternelle, quelle coïncidence incroyable…
    Il s’agissait de la famille MASSABIAU, TEISSIER, descendants AMADEI, BOUATBA, etc…
    A bientôt peut-être ?

  12. Redigé par LECLERC:

    Bonsoir,
    J’ai été très touchée pour votre dévouement et humanité….. Vous faites un métier magnifique
    J’ai toujours été en adminiration pour votre courage
    Votre femme peut être fière de vous…
    Nathalie

  13. Redigé par mourad amri:

    jai de la chance d être pompier dans ce monde

Laisser un commentaire